A l'issue du concert de Gourin du 5 septembre 2010


N'ayant pu rester après le concert discuter avec Alan tant on comprend qu'il était très demandé, nous lui avons envoyé nos questions par mail, il y a gentiment répondu de façon étayée et rapide.

 

Harpo : Si on inclut la mini-tournée 2009, cela fait maintenant un an et demi que tu joues "Emerald" sur scène. Quel bilan peux-tu tirer de cette première étape, d'abord au niveau musical ?

AS : Emerald, tant en disque qu’en scène, a bénéficié de circonstances très favorables pour ce qui est de la préparation et les répétitions, parmi les meilleures de ma "carrière". 

La plupart du temps, ceci depuis mes tout débuts, il faut que je jongle pour caser un moment d’écriture musicale ou de répé, au milieu de choses n’ayant rien à voir. Le plus rationnel et efficace serait l’année "sabbatique" où je ne ferais que ça. Mais j’ai quand même pu trouver un temps raisonnable pour y travailler d’abord, puis donner mes arrangements à mémoriser aux musiciens, puis expérimenter  quelques titres en scène, puis répéter à nouveau, puis l’enregistrement avec les musiciens après les avoir déjà joué en scène, etc. 

C’est une des rares fois où c’était déjà plutôt bien au point dès le concert de Moëlan, en Mars 2009.  Le premier était déjà un bon concert. En général, il en faut un certain nombre pour pallier à l’insuffisance de temps de préparation. Ce qui a été rare aussi, c’est de prendre un nouveau projet avec l’équipe qui était déjà la même pour la tournée précédente, au moins dans sa dernière phase.

Il va de soi que chaque concert jusqu’à celui de Gourin a permis un perfectionnement. L’aisance étant forcément plus évidente dans les derniers. Les morceaux beaucoup plus connus du bout des doigts. Mais ce qui fait, avant tout, justement cette plus grande aisance, ce sont les progrès du mix- retours, les peaufinements de Nicolas l’ingé-retour. C’est l’élément fondamental qui permet l’aisance, même si ça doit paraître surprenant. C’est le prix à payer pour mes choix de musique amplifiée. Ensuite, dans l’ordre d’importance pour le résultat, la qualité du back-liner et celle du régisseur.  Car si ma musique n’est pas des plus faciles, je suis encore plus sur une corde raide si, par exemple, je n’entends pas ou mal tel ou tel instrument, ou si quelque chose est mal branché ou pas à sa place.  Tous ces éléments techniques ont beaucoup progressé au cours de ces 18 mois.

Harpo : Et au niveau relationnel avec le public, comment cela se passe-t-il ? La vente de disques n'est elle pas trop difficile ?

AS : Rarement le public a été aussi présent. D’abord les salles ou les lieux ont fait le plein partout en Bretagne, dans tout l’hexagone et à l’étranger. Un des rares concerts où j’aurais pu avoir plus de public est Guingamp, même si plus de 1000 personnes, ça reste honorable. Mais partout le public m’a semblé particulièrement favorable. Ça n’avait pas toujours été aussi unanime.

Pour les ventes de disques, il est vrai qu’elles sont divisées par 3 ou 4. C’est vrai que les piratages ont fait beaucoup dans ce sens. Mais, ensuite, les gens ont perdu l’habitude d’acheter des disques au profit des téléphones, des ordis, des écrans plats  et des …bières ! Il est vrai encore que si le quasi-racisme à mon encontre cessait dans les grandes télés et radios, comme dans les périodiques musicaux, je perdrais cet énorme handicap, violemment injuste si ce n’est criminel, par rapport à mes "collègues" français et anglo-saxons. Je rêve d’un soutien du mouvement breton dans ce sens.

Harpo : Pour reprendre sur "Emerald", il nous semble bien que c'était dès le départ un album fait pour la scène, tant en ce qui concerne les morceaux que les musiciens qui ont participé à son enregistrement et qui t'accompagnent depuis.

AS : A priori quand je pense disque, je pense aussi scène, au moins un peu. Mais il est vrai que, parfois, je m’impose des difficultés techniques qui sont plus proches du cirque que de la musique ! Un des plus durs en scène a été 1 DOUAR. 
Comme dit plus haut, faire le choix d’une même équipe disque et scène est un + évident quand c’est possible.

Harpo : Tout cela concorde à former un vrai groupe très soudé, peux-tu nous expliquer les différents parcours de tes quatre musiciens, nous connaissons un peu celui de Loumi avec Tri Yann et Cernunos, mais les autres ?

AS : Gaetan a joué dans un groupe de rock, comme dans des groupes de fest-noz, le fait qu’il joue bien de la guitare électrique tout en maîtrisant l’open-tuning, le dadgad ou accordage celtique de la guitare acoustique, est le + qui m’a tourné vers lui.
Je dois reconnaître que la proximité géographique des musiciens est un autre élément favorable.
Loumi m’a plu notamment par sa capacité à comprendre les intervalles de gammes non classiques.
Marcus, me suit depuis plus longtemps.
Nicolas, le plus récent, est aussi un excellent musicien, très sensible.
De plus ils donnent tous des cours et sont absolument charmants.

(A paraître très prochainement dans la rubrique "Quelques artistes côtoyant ou ayant côtoyé Alan" le profil de chacun d'eux).

Harpo : Après ce petit bilan, passons maintenant au futur : il va y avoir six mois de coupure entre ce concert de Gourin et le premier prévu en 2011 à Dol de Bretagne. Comment vas-tu occuper ce temps, nous supposons que tu vas en profiter pour développer de nouveaux projets : prochain album, un DVD peut-être, une nouvelle harpe ?

AS : D’abord, normalement, la concrétisation de notre new deal de distribution européenne, donc un travail de documentation, etc. Suivront par la suite les remasterisation et relookage d’une dizaine d’albums. En même temps l’écriture d’un livre autobiographique centré sur 1972, et aussi la préparation du live à l’Olympia 2012, préparation musicale et gestion, et aussi une nouvelle harpe, et encore  probablement des voyages.

Harpo : Un grand merci à toi encore une fois et à une prochaine.

AS : a greiz kalon, kenavo,

alan